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Rites ikota, mysticisme et magies autour de la peau du « Hindji »

GANAL – Orléans (France), Par Florence Mazzocchetti. Florence Mazzocchetti a séjourné en pays Ikota, en 2005. Un séjour d’études où elle s’est intéressée à un instrument, symbole fort des rites feminins et masculins chez les Ikota : la peau de la Genette Servaline, un animal mythique que les peuples ikota appellent Hindji. Quelle regard cette Française porte-elle sur cet instrument de mysticisme  tantôt au centre des pratiques magiques ?

Gabon Analytics.com  publie ici un extrait de son travail scientifique qui n’est pas peut-être complet, mais qui a le mérite de souligner l’existence des rituels magiques dans des choses simples.


Contrairement à ce que l’on pouvait croire, la Genette servaline (Hindji en Ikota) a un rôle magico-religieux beaucoup plus puissant que celui de la Panthère. En effet, cette dernière semble ne plus être utilisée dans les rituels et les cérémonies. Ceci peut s’expliquer en partie à travers les représentations que se fait la population locale Bakota sur cet animal. En effet, comme nous l’avons vu précédemment, la Panthère a des qualités positives (bon chasseur, souplesse, puissance, beauté) mais également des caractéristiques plus négatives (gourmand, féroce, imprévisible).

« Si nos parents avaient choisi Ngoye, le monde devait mourir car Ngoye est trop féroce. Donc ils ont choisi un autre animal qui ressemble à Ngoye. »

Vieux Mahongwé, Bangadi.

D’autres personnes donnent des explications beaucoup plus terre à terre expliquant que la Panthère étant dangereuse et difficile à trouver, les gens ont préféré utiliser la Genette plus commune, inoffensive et donc plus facile à chasser. De plus, lorsque l’on tue une Panthère, il y a toujours le doute de savoir s’il s’agit d’une vrai Panthère ou d’un homme métamorphosé. C’est sans doute toutes ces raisons réunies qui ont poussé les Bakota à utiliser les peaux de genettes plutôt que celles de panthères. Son utilisation peut également être un danger pour tout ceux et celles qui possèdent la Panthère en eux.

Un Nganga portant de peau de genette autour des hanches. Photo prise en 1968 par Louis Perrois.

La peau de Hindji est utilisée dans de nombreux rites et cérémonies Bakota : Membiri, Bwété, Mungala, la circoncision, pour soigner les vampireux et leurs victimes. Les « voyants » consultent ses taches qui, selon leurs formes, leurs couleurs, leurs grosseurs et leurs nombres vont avoir des significations différentes et permettre l’interprétation finale.

Un candidat à la circoncision mordant la queue de la peau de la Genette. Un acte sacré et d’une grande puissance.

Lors des danses, les peaux de la Genette sont utilisées comme cache sexe. Lors des initiations, on met les médicaments et le bois sacré (Iboga) sur la peau de la Genette, une autre peau est mise sur la tête du candidat afin de le guider et de le protéger dans son voyage dans l’autre monde.

Cette omniprésence de la Genette en fait un animal absolument indispensable pour les Bakota. Elle est également utilisée dans beaucoup d’autres ethnies au Gabon toujours dans les rites et les cérémonies. J’ai assisté à des danses Kwélé dont la danseuse portait la peau de Genette en cache sexe par dessus le raphia et elle tenait à la main une autre peau enroulée autour d’une patte d’aigle.

On retrouve l’utilisation de peaux de genettes dans à peu près tout le bassin du Congo. Au nord Congo, par exemple, Vanwijnsberghe (1996) a également fait la remarque que cette peau était celle qui était la plus utilisée car, selon la tradition, elle aurait des propriétés magiques. Ces utilisations sont tout à fait semblables à celles connues chez les Bakota que nous avons vu dans la partie précédente.

Quelques rites au Hindji

Les Initiations et les temples de guérison : omniprésence de la genette

Je n’ai pas eut le temps ni les moyens d’approfondir ce domaine de recherche. Il existe de la littérature sur quelques « danses » initiatiques au Gabon dont la plus répandue est celle du Bwété ou Bwiti (Esparre, 1968 ; Gollnhofer et al, 1975), également présente chez les Bakota. Chaque « danse » possède son temple et ses guérisseurs avec chacune ses spécialités et ses médicaments.

Dans la plupart des cas, il s’agit de rentrer en contact avec les ancêtres pour qu’ils nous disent les raisons de nos maux les plus diverses et comment les guérir. Ceci est possible grâce à l’absorption de grandes quantités d’une plante hallucinogène nommée Iboga (Tabernanthe iboga).

Une autre constante est celle de l’utilisation de peaux de genettes en « cache sexe » pour le ou les danseurs. Elle peut être aussi entourée autour de la tête du patient bodji afin de le protéger des esprits et des mauvais sorts, mais également afin de le guider dans sa visite dans l’Autre Monde.

Au village de Mbondou (Ikota), sur la route d’Okondja, se trouve le temple Ikongonumba qui appartient à la « danse » Mbiri. Ici, le principal animal utilisé est toujours Hindji la Genette servaline. Le tradipracticien se sert de la peau de l’animal pour y déposer des petits tas de bois sacré Iboga ; la peau et d’autres parties du corps de la Genette sont utilisées également dans la fabrication de nombreux médicaments. On vient parfois de loin pour se faire soigner pour toutes sortes de maladies : « Ici, on soigne les femmes qui n’arrivent pas à avoir d’enfants, les fous et pleins d’autres maladies. » Guérisseur, Mbondou.

La disposition des petits tas d’iboga suit des règles et des significations bien précises, mais personne n’a souhaité me les confier. Le guérisseur (Nganga ou Nima) du temple me disant : « On sait pourquoi on met là, mais on ne peut pas l’expliquer ». Il m’a quand même montré comment il disposait les tas sur la peau de Hindji (en rouge sur le dessin ci-contre): un tas sur chaque membre, un sur la tête, un sur la queue et deux sur le corps.

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