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Peuple Kota et le symbolisme du « Ngoye »

GANAL – Orléans (France), Par Florence Mazzocchetti. La Panthère occupe une place centrale dans le mysticisme et la magie chez les Kota. En 2005, alors qu’elle est étudiante en Master 2, Florence Mazzocchetti revient sur le symbolisme de la Panthère.


Le mythe de l’homme Panthère

Le test du Ngoye n’est pas une initiation à proprement parler, au sens habituel du mot (révélation, au sein d’un groupe, d’un corpus de connaissances ésotériques par l’intermédiaire de rites de passage) car la seule connaissance que le candidat acquiert, est la réalité de sa propre personne. Il s’agit donc d’une initiation personnelle et non plus sociale : il n’y a pas de confrérie organisée d’hommes-panthères, il n’y a que des hommes-panthères isolés les uns des autres, sans aucun lien confessionnel ou sociologique. Les hommes-panthères Bakota sont donc différents de ceux que l’on retrouve dans d’autres ethnies du Gabon où là, les hommes font partis d’une société secrète qui, autrefois, commettaient des crimes rituels sous le couvert d’un déguisement. Chez les Bakota, la seule fonction sociale ou communautaire qu’ont ces individus intervient pendant la cérémonie de circoncision, lors du test du Ngoye. En effet, si le test est positif, les hommes-panthères sont indispensables car se sont les seuls à pouvoir contrôler le candidat (Perrois, 1968).

C’est quoi la Panthère au fait ?

La Panthère est une force difficilement contrôlable qui est particulièrement pénalisante pour les femmes. En effet, le Ngoye n’est pas l’apanage des seuls hommes, les femmes peuvent également l’avoir en elles. Il n’existe pas de test comme pour les hommes, mais les symptômes sont connus : nombreuses fausses couches ; enfant mort-né ; comportement excentrique ou brutal, gros appétit sexuel, capacité à attraper beaucoup de gros poissons.

Il est formellement interdit à un homme-panthère d’épouser une femme qui possède elle aussi la Panthère car il y a de fort risque que la discorde règne dans le couple et que leurs enfants soient en danger.

Rien ne peut détruire la culture du Ngoye, l’homme Panthère

Par moment aidé par l’église catholique, le féticheur Zoaka-Zoaka Pascal a bien essayé de lutter contre le Ngoye mais en pure perte, car nous sommes en présence d’une conception fondamentale de la nature ontologique de l’homme. Pour le Bakota, il ne s’agit pas d’une croyance mystique mais d’une réalité vécue. Le Ngoye fait partit de la nature de l’homme, son essence. Aussi, on ne supprime pas plus le Ngoye que le corps ou la pensée. C’est une donnée que l’on subit et que l’on assume sans rien y pouvoir. L’homme est un composé qui comprend le corps, le coeur et l’esprit, cela pour tous les individus et seuls, quelques privilégiés, se partagent la force vitale du Ngoye mais sans que cela ne les rendent pour autant solidaires.

 

L’Homme Panthère peut se métamorphoser

Autrefois, les hommes-panthères pouvaient se métamorphoser pour chasser en forêt ou tuer personnes et animaux domestiques au village. La transformation se passait pendant la nuit, le corps dans sa forme humaine restait à dormir tandis que la Panthère sortait du coeur et ne revenait qu’à l’aube, sans que personne ne s’en aperçoive. Mais ces métamorphoses pouvaient être dangereuses car le double en forêt a toutes les qualités mais aussi les faiblesses de la vrai Panthère : si elle se blesse, s’en est fini de l’homme qui dort dans sa case.

Le culte de « Mademoiselle » de Zoaka a tout de même réussi à amoindrir la force de la Panthère et par ricochet celle de l’ensemble des Bakota.

Les anciennes croyances, comme le culte des ancêtres, ont depuis disparu et avec elles leurs spécialistes. Quand la Panthère sort du corps, elle ne doit pas rester dehors trop longtemps sinon le « propriétaire » risque de mourir. Mais, pour que la Panthère revienne, il faut la connaissance et les médicaments de guérisseurs particuliers qui sont devenus très rares. Tout ceci, rend le Ngoye encore moins contrôlable qu’avant.

« Aujourd’hui, on n’a plus assez de guérisseurs. On leur donne donc (aux candidats dont le test est positif) beaucoup de médicaments pour pas que leur panthère sorte. Mais on laisse toujours un peu (de force à la panthère) pour qu’ils puissent se sauver en cas de danger. »

Il est également à noter que les hommes-panthères de chaque clan ont un pelage différent et reconnaissable par les initiés. On voit par là que le Ngoye est moins lié à une confrérie initiatique qu’à la famille et au clan. Pour expliquer ceci, il faut remonter aux origines du pacte scellé entre les Bakota et la Panthère, c’est à dire, au temps des guerres tribales. Car, en dehors des conflits intertribaux, il y avait souvent de sérieux palabres entre villages ou entre clans, surtout au sujet des femmes. Le non payement de la dot et l’adultère étaient les causes les plus courantes de vendettas familiales (Perrois, 1968). Nous pouvons donc faire l’hypothèse que les différences de taches pouvaient peut-être servir d’ « emblème » à chaque clan.

Le Ngoye se transmet principalement par hérédité, il y a donc des clans reconnus comme ayant la Panthère (les Bongoye par exemple) et d’autres où les membres ne l’ont pas. Pour ces derniers, le Ngoye peut s’obtenir par l’absorption d’un médicament spécial, mais il ne pourra pas être transmis par voies naturelles à la descendance.

Il existe donc des différences visibles entre une « vrai » et une « fausse » Panthère. La Panthère de l’homme est généralement de petite taille avec une queue courte et un pelage sombre. Lorsqu’elle se fait tuer, ses poils se détachent rapidement et très facilement après la mort de l’animal. De plus, il est dit que les panthères des hommes rôdent plus souvent autour des villages alors que la « vrai » reste loin en forêt.

Manifestation extérieure du Ngoye

La manifestation extérieure de la Panthère correspond à un dédoublement de la personnalité. La plupart du temps ce phénomène est inconscient et ne conduit qu’à des rêves sans conséquences pathologiques sérieuses. Mais, quand ce rêve est suivi de la découverte d’un cadavre de Panthère avec la désignation du clan auquel il appartient, le dédoublement persiste consciemment et conduit à la mort à plus ou moins brève échéance. Ce qui nous amène à penser que la réalité du Ngoye est psychologique et ses manifestations relèvent du domaine de la psychiatrie. C’est pourquoi le symbolisme du Ngoye ne peut être élucidé du seul point de vu de l’ethnologue. Selon Louis Perrois, « il y a là quelque chose qui nous échappe, mais qui existe réellement et qui, lorsque l’on pourra le définir et l’expliquer, fournira la clef de la culture Bakota. » (Perrois, 1968 : 87).

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