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EXCLUSIVITE. Transfert d’argent, la Cobac et BEAC Responsables ? Abbas Mahamat Tolli : « C’est faux ! Je vous dis que c’est faux ! »

GANAL – Interview, Par TANGUY OTOUNGA. Envoie d’argent hors du Gabon et de la CEMAC plafonné, rapatriement des avoirs au ralenti, aux banques et établissements spécialisés dans le transfert d’argent… Dans cette interview exclusive en présence du Ministre gabonais des Finances, le gouverneur de la Banque des États de l’Afrique centrale, Abbas Mahamat Tolli, dédouane la Commission bancaire d’Afrique centrale. Mieux, il demande aux opérateurs économiques de changer de banque pour leur transfert d’argent. Lecture.


 Quelle est aujourd’hui, l’objectif principal de la politique monétaire de la Banque des Etats de l’Afrique Centrale ?

 ABBAS MAHAMAT TOLLI : Nous sommes en train de réformer le cadre opérationnel de la politique monétaire, renforcer nos dispositifs de politique monétaire, en diversifiant les instruments de politiques monétaires.

Et tout ceci, dans le souci est de faire en sorte que les décisions de politique monétaire aient une meilleure retransmission sur le secteur réel. De sorte que si vous baissez le taux de directeur, le taux d’intérêt au niveau des banques et des opérateurs économiques soit revu à la baisse… conséquemment.

Nous sommes aussi dans une zone économique et monétaire qui est en surliquidité. Comment régionaliser la liquidité bancaire au niveau de notre sous-région de façon à ce que l’intégralité des ressources au niveau de la Communauté économique et monétaire d’Afrique centrale soit  mobilisée, indépendamment des lieux, pour que ces ressources parviennent à financer les besoins économiques, dans tel ou tel autre pays de la communauté ?

C’est là, l’un objectif majeur de cette reforme de la politique monétaire.  

Vous livrez aussi la bataille du rapatriement des avoirs par les Etats et opérateurs économiques, au niveau de la zone CEMAC. Vos appels ont-ils été entendus ?

 ABBAS MAHAMAT TOLLI : C’est une question qui suscite beaucoup d’interrogations, beaucoup de fantasmes aussi, il faut bien le dire, au niveau des transferts. La Banque centrale, avec l’appui des autorités ministérielles, et c’est d’ailleurs les Ministres des Finances qui ont signé ce règlement, a remis notre texte au goût du jour. 

Notre réglementation de changes vient d’être changée. Le nouveau texte date d’environ 20 ans, et depuis tout ce temps ce texte n’a pas véritablement été mis en vigueur. Tout ce la Banque centrale fait aujourd’hui, c’est de renforcer le contrôle de conformités qu’exige ce texte qui, d’ailleurs, ne s’imposent pas aux opérateurs économiques qui font ces opérations de transfert, mais aux banques.

Pouvez-vous être plus clair sur ces contrôles de conformités et exigences de qualité ?

ABBAS MAHAMAT TOLLI : Il existe un certain nombre de diligences. Nous devons renforcer notre dispositif sous régional anti-blanchiment d’argent, cerner aussi les problématiques liées au financement du terrorisme. Donc quand un opérateur économique vient vers sa banque, pour des opérations de transfert, elle le fait au niveau de sa banque. C’est la banque qui est sensée amener le dossier à notre niveau. Voilà pour ce qui est de la démarche à faire.

Pour ne pas créer d’engorgement au niveau de la Banque Centrale, nous avons renforcé la Banque centrale dans ses capacités, tant au niveau des services centraux à Yaoundé qu’à celui des directions nationales au niveau de la Cémac. Il y a deux ans, les délais de transfert prenaient deux à trois mois, et parfois même plus. Je vous dis que les transferts au niveau de la direction nationale de la BEAC sont ramenés à un délai maximum de trois jours. Au Services centraux, les opérations sont réalisées en une journée maximum.

Toutes les opérations de transferts qui n’auront pas été dénouées, sont rejetées. Les motifs du rejet sont bien motivés. Il y a cela deux raisons principales : toute la documentation exigée pour réaliser le transfert n’est pas complète, auquel cas on demande à la banque d’aller compléter et revenir. Soit, la banque elle-même détient des devises extérieures qu’elle n’a pas rétrocéder à la banque centrale. Pour ne pas utiliser deux fois les ressources communautaires, pour réaliser la même opération, on demande à la banque de réaliser l’opération à même ses disponibilités extérieures.

Tout cela n’est pas toujours connu du grand public…

 ABBAS MAHAMAT TOLLI : Maintenant, il y a un problème de communication entre les banques elles-mêmes et leurs clients, les opérateurs économiques. Nous demandons aux opérateurs économiques, dans le cadre du Gabon, lorsqu’une banque ne réalise pas leurs opérations de rapatriement ou de transfert des avoirs, et qu’ils n’ont pas la bonne information, de se rapprocher auprès de la direction nationale de la Banque centrale à Libreville, sis Avenue Jean-Paul II, pour avoir la bonne information. A charge pour l’opérateur économique, d’avoir tout le loisir de changer de banque et de réaliser, dans le même jour et immédiatement leurs opérations de transfert.  

Les avoirs au niveau de la zone CEMAC sont-ils suffisants pour favoriser les transferts et opérations économiques avec le reste du monde ?

ABBAS MAHAMAT TOLLI : Nous avons nos avoirs extérieurs qui sont consolidés. On a pas de problème de devises à la Banque centrale pour ne pas réaliser, dénouer les opérations de transferts. Il y a deux raisons qui font que les opérations ne se réalisent pas. L’un d’elle est les documents qu’il faut fournir car nous travaillons avec les banques correspondantes qui doivent exécuter en devises les opérations de transfert. Et le monde financier est totalement intégré de nos jours, nous devons satisfaire au respect de notre dispositif anti-blanchiment d’argent. Nos correspondants ont des exigences, voilà pourquoi nous exigeons une documentation qui doit étayer le mobile du transfert. Et ça c’est la banque primaire qui doit faire ce travail avec son client. Si cette documentation n’est pas fournie le transfert est motivé et rejeté.

Actuellement à Libreville, les transferts d’argent via Western-Union et Moneygram ou établissement assimilés sont plafonnés ou bloqués. Gabon Analytics a interrogé ces établissements et les banques commerciales. Selon certaines grandes banques au niveau national, c’est la Commission bancaire d’Afrique centrale (COBAC) que vous dirigez qui est responsable de cette situation.

 ABBAS MAHAMAT TOLLI : C’est faux ! Monsieur, je vous dis que c’est faux ! D’abord, ce n’est pas le rôle de la COBAC de réaliser des transferts. Tous les transferts, qu’il s’agisse des particuliers ou ceux effectués par Western-Union ou Moneygram,  passent par les banques primaires.

Les établissements de type Western-Union ou Moneygram ont aussi des accords avec les banques qui réalisent leurs transferts. Et c’est aux banques maintenant de justifier ces transferts. Si elles ont toute la documentation, et qu’elles n’aient pas de disponibilités excédentaires à l’extérieur susceptibles de couvrir cette opération, la Banque centrale le fait. En revanche, si elles ont des ressources qu’elles ne veulent pas utiliser, nous ne couvrons pas ces opérations.

Maintenant pour l’information du public, le Ministre des Finances et moi-même avions décidé qu’un service d’information soit ouvert à la Direction Nationale de la Banque centrale au Gabon, sis à l’Avenue Jean-Paul II. S’il y a des retards pour les opérateurs économiques pour des dossiers particuliers de transfert, ils peuvent se renseigner à la Banque Centrale, à Libreville. Et la Banque centrale leur dira le motif du rejet. Maintenant  libre à cet opérateur économique de changer de banque pour que son opération de transfert soit réalisée dans une autre banque.

 Qu’en est-il des plafonds de transferts auxquels vont état les banques primaires. Avez-vous limité les montants comme le prétendent les banques ?

 ABBAS MAHAMAT TOLLI : Mieux ! La Banque centrale à rehausser les capacités des directions nationales à pouvoir réaliser les transferts ; capacités qui passent de 400 millions de FCFA, à plus de 600 millions CFA qui sont faits localement ici à Libreville. Cela peut-être plusieurs opérations par jour, mais le niveau de plafond de pouvoir a été rehaussé dans l’optique de faciliter les opérations de transferts.

De plus, nous avons réduit les délais de trois mois à une journée. Donc il y a un effort énorme qui a été fait par la Banque centrale de façon à permettre facilement l’exécution des transactions commerciales entre notre zone et le reste du monde.

Il y a beaucoup d’informations infondées qui circulent aujourd’hui sur ces questions.  Je voudrai justement rassurer nos concitoyens qui ont à réaliser ce type d’opérations dans le cadre de leur travail, que la Banque centrale n’a pas un problème de devises, que la Banque centrale n’a pas un problème de contrainte pour réaliser ces opérations. Nous faisons tout ceci dans l’intérêt des opérateurs économiques.

Et les contrôles que nous réalisons, nous le faisons pour éviter d’arriver à la situation où nous ne pourrions plus faire de transfert du tout à partir de la zone CEMAC car le monde financier est intégré. Si nous ne respectons ces aspects liés au contrôle de conformités et de minimum d’exigences en termes d’informations, eh bien, même si ici nous envoyons de transfert, cet argent va revenir sans que le transfert ne soit validé ailleurs.

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