VOUS ETES ICI
ACCUEIL > BUSINESS > DECIDEURS > Diaspora du Gabon et développement : ce que le Londonien Curtis MABIKA propose

Diaspora du Gabon et développement : ce que le Londonien Curtis MABIKA propose

GANAL – INTERVIEW Partie I – DE TUNBRIDGE WELLS (Grande Bretagne), PAR TANGUY OTOUNGA.

Curtis Mabika est un Gabonais originaire de la Ngounié et de l’Ogooué Ivindo. Il est  informaticien de formation et homme politique virulent, il travaille comme intégrateur web pour le compte de Tunbridge Wells Council. Tunbridge Wells est une petite ville située à 1 h 30 de Londres en train.

Pour lui, inutile de critiquer avec un esprit de légèreté intellectuelle, la Diaspora gabonaise qui peut contribuer au développement du Gabon comme celles de l’Afrique de l’Ouest, Curtis MABIKA dit ce qui manque.


Gabon Analytics.comVos adversaires politiques, dont le PDG de France et le régime en place à Libreville, reprochent souvent à la Diaspora gabonaise d’Europe de ne pas être économiquement aussi active que la diaspora des pays de l’Afrique de l’Ouest. Laquelle participe au développement de leurs pays d’origine. Comment vivez-vous cette critique formulée à votre encontre ?

CURTIS MABIKA : Je constate que ce procès fait à la diaspora dans son entièreté prend sa source au lendemain de l’élection présidentielle de 2016 et du hold-up électoral qui s’en est suivi. Nous sommes sans ignorer que depuis lors, un bras de fer s’est engagé entre les partisans de M. Jean PING basés à l’étranger, notamment en France, et le régime en place au Gabon.

Il n’est donc pas étonnant qu’en retour et pour des raisons purement politiciennes certains Gabonais, souvent proches du pouvoir et faisant dans l’amalgame, soient emmenés à tenter de discréditer leurs compatriotes vivant à l’étranger. Les Gabonais de la diaspora sont ainsi traités de bon à rien qui passent plus de temps à manifester dans les rues de Paris, qu’à participer au développement de leur pays d’origine.

Pensez-vous que c’est une attaque infondée ?

CURTIS MABIKA : Oui, car il s’agit, à première vue, d’une riposte politicienne venant de la part de ceux qui, dans notre pays, considèrent les Gabonais de l’étranger comme étant des adversaires politiques hostiles au régime en place. La sagesse aurait voulu que l’on pousse la réflexion sur cette question au lieu que de tirer des conclusions hâtives motivées par une claire volonté de nuire.

Il fut un temps où, en partie à cause des restrictions de circulation des personnes mises en place sous le règne Omar Bongo, la principale raison de l’émigration des gabonais était d’ordre académique. La diaspora gabonaise était ainsi composée essentiellement d’étudiants et autres stagiaires qui, à la fin de leurs études, revenaient, dans la plupart des cas, au pays.

Nous assistons depuis quelques années à un mouvement, pour des raisons économiques, des Gabonais vers l’étranger. De même, le Gabon n’étant plus attrayant d’un point de vue des opportunités d’embauche, peu sont, aujourd’hui, les étudiants qui manifestent l’envie de rentrer au pays au terme de leur cursus. L’instabilité politique et économique due à une mauvaise gestion du pays, par ceux qui font ce faux procès à la diaspora, est en grande partie responsable de cette situation.

Vous plantez là le décor qui aide à mieux faire comprendre la problématique, mais la critique reste entière. La diaspora gabonaise peut-elle participer au développement, si oui à quelles conditions ? Si non, pourquoi ?

CURTIS MABIKA : J’ai dit tout à l’heure que la sagesse aurait voulu que l’on pousse la réflexion sur cette question au lieu que de tirer des conclusions hâtives motivées par une claire volonté de nuire. Je veux dire qu’être actif économiquement c’est aussi venir en aide aux parents à travers des transferts d’argent réguliers, en fonction de ses moyens. Contribuer à l’économie de son pays, c’est également subvenir aux besoins des proches restés dans un pays en proie à une dictature dont les gouvernants n’ont rien d’autre à offrir aux populations que la misère et l’insécurité permanente.

De ce point de vue, les Gabonais de l’étranger, à l’image des autres communautés, sont bel et bien actifs. Je sais de quoi je parle. Contribuer au développement du pays ne peut donc pas se résumer à construire des immeubles ou à être un businessman.

Il est irrationnel de s’essayer à une comparaison entre la vaste diaspora ouest-africaine solidement implantée depuis des décennies et la relativement petite communauté des Gabonais de l’extérieur dont la plupart des membres ne sont que nouvellement installés dans leur pays d’adoption.

Cette comparaison absurde est d’autant plus surprenante qu’elle vient, à ce qui semble, de ceux qui sont aux affaires aujourd’hui au Gabon. Ces gens devraient commencer par comparer leurs propres politiques (s’ils en ont) en faveur des Gabonais de l’étranger, aux mécanismes mis en place par les gouvernements ouest-africains pour faciliter les investissements de leurs compatriotes vivant à l’étranger.

Voulez-vous dire qu’il faut que le gouvernement mette en place des mécanismes politiques afin que la diaspora gabonaise contribue pleinement au développement du Gabon ?

CURTIS MABIKA : C’est exact. Au Sénégal, par exemple, il existe des instruments, tels que Fond d’Appui à l’Investissement des Sénégalais de l’extérieur, qui permettent d’appuyer les initiatives d’investissement développées par la diaspora. Au Mali, l’accès aux titres fonciers est facilité aux Maliens de l’étranger qui ont le projet de construire dans leur pays d’origine. Les exemples de politiques mises en place par les gouvernements des pays de l’Afrique de l’Ouest pour favoriser l’investissement de leurs compatriotes vivant à l’étranger, sont nombreux.

Avez-vous eu un projet ou d’initiative économique qui n’a pas fonctionné par manque des instruments au Gabon et disponible en Afrique de l’Ouest ?

CURTIS MABIKA : Oui, en 2011 j’avais mis en place un site de vente en ligne dont le but était de permettre aux Gabonais de la diaspora de faire des courses pour les proches restés au pays. A cause de mon positionnement politique et par mesure de prudence j’avais choisi de garder secret l’identité de l’initiateur de ce business.

Je mentionne cela pour montrer le manque de confiance qu’il peut y avoir entre certains Gabonais de l’extérieur et les autorités de leur pays. Nous savons également qu’à cause de leurs opinions, certains Gabonais sont « persona non grata » dans leur propre pays. Quel intérêt pour ces personnes d’y investir ? Il ne s’agit pas ici de tenter de justifier quoique ce soit mais de montrer combien, pour des considérations politiques, l’on peut être emmené à décourager des compatriotes qui souhaiteraient apporter leur contribution, aussi minime soit-elle, au développement de l’économie du pays.

Au lieu donc de considérer la diaspora comme un adversaire politique que l’on cherche à noyer, à travers des commentaires désobligeants, les autorités gabonaises, dont on sait qu’elles sont instigatrices de ce type de commentaires, devraient prendre conscience du poids économique de la diaspora et penser à mettre en place des outils qui permettraient d’encourager cette diaspora à, non seulement, penser à rentrer au pays mais aussi à y investir et ainsi apporter sa contribution au développement du pays.

(A Lire aussi, l’interview politique de Curtis MABIKA dans « Franc-Parler de Samedi Politique », c’est sur Gabon Analytics, dès 14 heures )

Articles similaires

Laisser un commentaire

HAUT