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COP 24 , Régis Immongault : " La question du financement a été au centre de la négociation"

GANAL – Propos recueillis par Tanguy OTOUNGA. Monsieur le Ministre d’Etat, vous avez dirigé la délégation gabonaise à Katowice, en Pologne, pour la 24 ème Conférence des Parties à la Convention Cadre des Nations Unies sur les changements climatiques (COP24), quelles sont les principales conclusions ?
Régis IMMONGAULT TATAGANI : Il faut d’abord saluer le compromis auquel nous sommes parvenus, car une négociation multilatérale avec près deux cents délégations n’est jamais facile. Mais le plus important, au regard de l’enjeu planétaire du réchauffement climatique, était de parvenir à un consensus. C’est pour quoi, avec le Ministre des Eaux et Forêts, chargé de l’Environnement et du Développement durable, nous tenons à féliciter les experts de notre délégation pour leur contribution à ce résultat.
Comme je vous l’avais indiqué avant mon départ à Katowice, cette COP24 avait un caractère hautement technique car il s’agissait de négocier sur les modalités de mise en œuvre de l’accord de Paris sur le climat, adopté en 2015.
Concrètement, sur la base des documents de travail préparés depuis deux ans et qui portaient sur chacun des articles de l’Accord de Paris, les Parties que nous représentions étaient amenées à négocier thèmes par thèmes y compris paragraphes par paragraphes et lignes par lignes, les règles de mise en œuvre de l’accord de Paris.
Le document que nous avons adopté détaille les règles d’application de l’accord de Paris notamment les modalités de comptabilisation et d’évaluation des engagements de réduction des gaz à effet de serre pris dans le cadre des engagements climatiques de chaque pays signataire de l’Accord de Paris.
Je pense que nous sommes parvenus à un accord équilibré même si on aurait voulu d’avantage en terme de relèvement des ambitions de réduction des émissions, au regard des conclusions du GIEC, une prise en compte plus affirmée de l’adaptation et une meilleure prévisibilité du financement. On va pouvoir, lors de la réunion de septembre annoncé par le SG des Nations Unis encore insister sur l’augmentation de l’ambition et de la situation particulière de l’Afrique.
 
Monsieur le Ministre d’Etat, justement vous faites référence au rapport du GIEC, qui semble avoir été à l’origine de nombreux blocages, pourriez-vous nous en dire un peu plus ?
Effectivement, ces conclusions du GIEC, par ailleurs, adoptées en Corée, ont été effectivement sources de crispation lors des négociations y compris lors de la dernière semaine.
En effet, le rapport du Groupe Intergouvernemental sur l’évolution du Climat (GIEC) que nous avons demandé en tant que Parties à Marrakech et surtout à Bonn visait à faire une compilation des informations techniques et scientifiques sur l’évolution du Climat et en s’appuyant également sur les annonces de réduction des émissions formulées par les Pays dans le cadre de leurs engagements climatiques respectifs.
Les conclusions de ce rapport sont claires, avec une réduction de 2°C, prévu dans l’accord de Paris en 2015, les impacts du réchauffement climatiques sont malheureusement plus importants et encore plus grave pour les pays les plus vulnérables comme ceux de l’Afrique et des Etats insulaires.
Le rapport suggère par conséquent de relever le niveau d’ambition, en termes de réduction des émissions à hauteur de 1,5°C. Pour y parvenir, il préconise une réduction des émissions mondiales de près de 50% d’ici 2030, alors que les engagements collectifs des Etats, à l’heure actuelle, conduisent à un accroissement de la température de 3°C.
Face à cette urgence climatique, il était pertinent que les conclusions du GIEC soient reflétées dans les négociations de Katowice. Mais hélas, certaines Parties n’ont pas voulu voir ces conclusions figurées dans les négociations et c’est ce qui a été à l’origine d’un certain nombre de blocages. Je peux comprendre les conséquences économiques et sociales d’un engagement à 1,5°C dans certains pays, mais la situation du réchauffement climatique actuel commende que nous relevons notre niveau d’ambition d’ici 2030.
Alors qu’elle a été la position du Continent surtout que vous représentiez également le Coordonnateur du CAHOSCC et le Gabon préside la conférence des Ministres Africains sur l’environnement ?
La position du Continent est claire, l’Afrique est le continent le plus vulnérable et le moins préparé à lutter contre les conséquences du réchauffement climatique. Par conséquent, tout engagement qui vise à rehausser le niveau d’ambition, en termes de réduction des émissions des gaz à effet de serre, constitue pour le continent une action favorable.
Nous avons milité pour que les circonstances particulières de l’Afrique soient reflétées dans le texte y compris l’épineuse question de l’adaptation. La négociation se fait dans un cadre multilatéral au sein des groupes tels que le G77+Chine et le groupe africain qui portent les positions communes.
Un consensus s’est dégagé car, comme vous le savez, l’enjeu principal de la COP 24 était de parvenir à un accord sur les règles de mise en œuvre de l’Accord de Paris et nous y sommes parvenus, c’est le plus important.
Mais Monsieur le Ministre d’Etat, est ce que le retrait des Etats-Unis a-t-il pesé sur les négociations de Katowice ?
Il faut distinguer le retrait des Etats-Unis de l’Accord de Paris et sa participation à la négociation en tant que Partie de la Convention cadre des Nations Unies sur les Changements climatiques. A ce titre, je pense que les Etats-Unis ont joués leur rôle. C’est vrai qu’on peut considérer que le leadership des Etats Unis est essentiel dans le relèvement de l’ambition, mais je pense que l’ensemble des Parties ont travaillé dans un esprit constructif pour aboutir à cet accord de Katowice.
Lors de votre entrevue avec notre journal, à la veille de votre départ à Katowice en Pologne pour la COP24, vous nous avez indiqué que le financement et la question de l’adaptation constituaient des priorités, qu’en est-il au sortir de la COP24 ?
Effectivement, la question du financement a été au centre de la négociation à plusieurs niveaux. D’abord dans le cadre du Dialogue ministériel de haut niveau qui nous a permis de prendre connaissance du rapport mondial sur les flux financiers climatiques.
Justement que dit ce rapport vu qu’au sortir de Marrakech vous avez marqué votre insatisfaction de ce que le deuxième rapport biennal qui avait été présenté montrait que l’Afrique ne captait pas suffisamment les fonds climatiques !
Vous avez parfaitement raison mon insatisfaction manifestée au sortir de la deuxième réunion biennal sur les flux financiers climatiques demeure d’actualité car le troisième rapport biennal qui nous a été présenté à katowice en Pologne fait apparaître que :
sur une base comparable, les flux financiers mondiaux liés au climat pour l’exercice biennal 2018 ont augmenté de 17 % en 2015-2016 par rapport aux niveaux de 2013-2014 ; le financement climatique dans les pays en développement a globalement augmenté de 24 % en 2015 pour atteindre 33 milliards de dollars et, par la suite, de 14 % en 2016 pour atteindre 38 milliards de dollars US.
l’essentiel du financement de la lutte contre le changement climatique continue d’être consacré aux efforts de réduction des émissions de gaz à effet de serre, et qu’une proportion relativement faible du financement est consacrée aux financements de l’adaptation.
l’Asie reste la principale région destinataire des flux financiers climatiques et que l’Afrique subsaharienne ne capte toujours pas suffisamment des fonds climatiques.
Mon insatisfaction demeure et j’ai instruit notre équipe de négociateurs à travailler à faire sorte que notre pays capte d’avantage ces financements dans des projets alignés à notre stratégie de développement.
Monsieur le Ministre d’Etat, cette année, les négociations se sont prolongées jusqu’au petit matin du dimanche 16 décembre, alors que la fin des travaux était initialement prévu pour le 14 décembre. Qu’est ce qui a été à l’origine de cette prolongation des travaux ?
Plusieurs points nécessitaient des compromis entre d’une part les pays en développement et les pays développés. Il y’a une sorte de crise de confiance qui s’est installée et d’ailleurs nous l’avons vu aussi bien dans le cadre du dialogue de Talanoa que dans la réunion sur le Pré 2020.
Les engagements pris par les pays développés en terme de réduction des émissions, de financements, de transfert de technologie et de renforcement de capacité n’ont pas été globalement tenus.
Et donc, il était essentiel, au moment nous rentrions dans la définition des règles de mise en œuvre de l’accord de Paris que nous ayons les mêmes niveaux de compréhension des engagements des uns et des autres, dans un contexte où les pays en développement ne sont pas historiquement responsables du réchauffement climatique actuel.
Les questions de l’adaptation et de pertes et dommages pour les pays en développement sont au centre de notre engagement dans cette négociation, car il s’agit pour les pays comme le Gabon de considérer la question climatique comme une opportunité de développement durable.
C’est le sens véritable des instructions que le Président de la République, Chef de l’Etat, Son Excellence Ali Bongo Ondimba, nous a toujours données dans le cadre de cette négociation multilatérale. C’est ce cap que nous nous sommes attelés à maintenir au sein de notre délégation et dans le cadre des sessions techniques de négociations auxquelles ont pris part nos experts.
Qu’est-ce le Gabon a finalement gagné de cette COP 24 ?
Le Gabon a pleinement pris part aux discussions et les conclusions qui en sorte intègrent nos propositions.
Il était nécessaire de maintenir cette implication car le durabilité de notre développement va dépendre de notre capacité à faire preuve de résilience aux effets du réchauffement climatique.
Le Gabon doit saisir véritablement toutes les opportunités financières, technique qu’offre la mise en œuvre de l’accord de Paris.
Car en effet, le système économique mondial dont le Gabon est membre va être de plus en plus exigeant en matière de prise en compte du réchauffement climatique dans les politiques de développement.
Les pays les mieux préparés en saisiront les opportunités et les moins préparés subiront les conséquences du dérèglement climatique.
Le Gabon est aujourd’hui l’un des pays africain qui dispose d’une équipe technique solide et d’un organe technique de suivi, à savoir le Conseil National Climat.

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