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Climat : Face à l'inaction, le communiqué inquiétant des pays les moins avancés


GANAL – Synthèse Saturnin BIBANG BI ESSONE. A quelques semaines de l’organisation de la COP 24, les pays les moins avancés se sont réunis à Addis-Abeba sont plutôt inquiets quant aux suites données aux beaux discours sur les politiques d’adaptations aux changements climatiques. Le communiqué rédigé au terme de leurs travaux montrent que la lutte contre le changement climatique n’est pas pour demain. Les pays industrialisés et les partenaires financiers refusant de jouer franc-jeu. Gabon Analytics.com publie ici l’intégralité de ce communiqué édifiant ! Lecture :
 
 » Nous, Ministres et Chefs de délégation des pays les moins avancés, Parties à la Convention Cadre des Nations Unies sur les changements climatiques (CCNUCC), réunis à Addis-Abeba en Éthiopie le 15 Octobre 2018 dans le cadre des préparatifs de la 24ème session de la Conférence des Parties (COP 24) à la CCNUCC qui a lieu en Décembre 2018 :
 » Soutenons que les réponses globales aux questions des changements climatiques doivent être justes et équitables, pour faire progresser les intérêts et aspirations des pays et populations les plus pauvres et vulnérables.
Notons avec une sérieuse inquiétude, la lenteur des progrès dans l’accroissement des mesures et ambitions
d’atténuation au niveau mondial, étant donné que les contributions déterminées au niveau national (CDN) ainsi que les politiques d’atténuation actuelles mettent le monde sur la trajectoire d’un réchauffement de plus de 3°C d’ici la fin du siècle ;
Accueillons avec satisfaction la publication, le 8 Octobre 2018, du «Rapport spécial sur les conséquences d’un
réchauffement planétaire supérieure à 1,5°C par rapport aux niveaux préindustriels et les profils connexes d’évolution des émissions mondiales de gaz à effet de serre, dans le cadre du renforcement de la réponse mondiale à la menace des changements climatiques, du développement durable et des efforts pour éliminer la pauvreté »(rapport 1,5°C) du Groupe d’experts Intergouvernemental sur l’Evolution du Climat, qui indique clairement que l’action climatique doit être intensifiée de toute urgence pour éviter un réchauffement catastrophique supplémentaire;

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Soulignons avec une grande inquiétude que le rapport 1,5°C confirme que les régions les plus exposées de manière disproportionnée aux risques sont les pays les moins avancés (PMA) ;
Soulignons en outre que les impacts dévastateurs et croissants des changements climatiques se ressentent déjà dans les PMA avec un réchauffement d’environ 1°C, notamment les sécheresses, les inondations, l’élévation du niveau de la mer, la fonte des glaciers, la perte de biodiversité, les impacts sur les écosystèmes et économies des zones montagneuses et le ralentissement de la croissance économique ;
Notons avec une inquiétude particulière que les conclusions du rapport sur 1,5°C mettent en évidence les différences très prononcées entre le réchauffement à 1,5°C et celui à 2°C, avec un réchauffement de 1,5°C entraînant une réduction des risques climatiques liés à la santé humaine, aux moyens de subsistance, à la sécurité alimentaire, à la provision en ressources en eau, à la sécurité humaine et la croissance économique, réduisant ainsi de manière significative les coûts futurs associés aux impacts des changements climatiques ;
Notons en outre, avec sérieuse préoccupation les conclusions du rapport sur 1,5°C qui soulignent qu’il existe des limites à l’adaptation et la capacité adaptive des systèmes humains et naturels dans le cas d’un réchauffement planétaire à 1,5°C, avec des pertes associées ; et que les impacts peuvent être durables ou irréversibles; et appelons à une action et à un soutien accrus pour remédier aux pertes et préjudices actuels et futurs conformément aux priorités et aux besoins identifiés par les pays en développement;
Insistons sur la nécessité de s’attaquer aux impacts du changement climatique sur l’agriculture, en soulignant la vulnérabilité du secteur et son importance pour améliorer la sécurité alimentaire, éliminer la faim et protéger et améliorer les moyens de subsistance dans les PMA;
Rappelons l’Accord de Paris qui note que les Parties devraient, lorsqu’elles prennent des mesures pour faire face aux changements climatiques, respecter, promouvoir et prendre en compte leurs obligations respectives en matière de droits de l’homme, de droit à la santé, de droits des peuples autochtones, des communautés locales, des migrants, des enfants, des personnes handicapées et des personnes en situation vulnérable et le droit au développement, ainsi que l’égalité des sexes, l’autonomisation des femmes et l’équité intergénérationnelle;
Notons avec optimisme et espoir qu’un avenir plus sûr et plus prospère pour tous est possible avec une action
immédiate visant à mettre en œuvre un changement profond de nos sociétés, et que le rapport sur 1,5°C indique que
la limitation du réchauffement à 1,5°C reste possible et peut contribuer au développement durable, à l’éradication de la pauvreté et à la réduction des inégalités, avec comme scénario le plus ambitieux du rapport celui exigeant un
plafonnement urgent des émissions suivi d’un déclin rapide par après pour atteindre des émissions nettes nulles d’ici la moitié du siècle;
Soulignons la nécessité de changements rapides, de grande portée et sans précédent dans tous les domaines de nos sociétés, avec le déploiement rapide de solutions et d’outils climatiques éprouvés et actuellement disponibles; des actions concrètes telles que l’investissement dans les énergies renouvelables et leur développement, l’éradication du gaspillage énergétique, la gestion du déclin rapide des combustibles fossiles, la protection et l’expansion des forêts, des sols et des systèmes naturels, ainsi que d’autres solutions climatiques concrètes doivent être mises en œuvre, tout en tenant compte du fait que la possibilité de solutions technologiques futures ne peut excuser un retard dans l’action à mener;
Exhortons toutes les parties à s’accorder sur une déclaration politique et une décision de la CdP sur le dialogue de Talanoa à la CdP24, qui envoie un message politique fort pour renforcer la réponse mondiale aux changements climatiques, en défendant l’esprit et la vision de l’Accord de Paris afin de réaliser ses objectifs à long terme.
Exhortons en outre toutes les parties à tirer parti de l’élan politique créé par le rapport sur 1,5°C et le Dialogue de Talanoa pour intensifier l’ambition d’action et de soutien afin de mettre le monde sur les profils d’évolution des émissions globales compatibles avec la limitation de la température en dessous de 1,5°C et de refléter ceci à travers la soumission de CDN nouvelles et améliorées d’ici 2020, en accord avec leur responsabilité vis-à-vis des changements climatiques et leur capacité de réaction, afin de combler le déficit d’émissions et d’éviter de nouveaux impacts dévastateurs des changements climatiques;
Nous réjouissons de la convocation par le Secrétaire Général des Nations Unies du Sommet sur le Climat en Septembre 2019, et encourageons les parties à se servir de ce sommet comme une occasion cruciale pour renforcer l’ambition mondiale en matière de réduction des émissions et d’accroissement de la résilience ;
Encourageons toutes les parties à rester engagées à mener à bien et à adopter des directives de mise en œuvre
complètes et robustes lors de la CdP24 à Katowice (Pologne), ce qui permettra une mise en œuvre complète et
ambitieuse de l’Accord de Paris ;
Soulignons la nécessité pour ces directives de traiter en particulier de l’adaptation et des pertes et préjudices, qui sont pour les PMA des éléments essentiels de l’Accord de Paris, au même titre que l’atténuation ;
Notons avec une préoccupation sérieuse que des milliards de dollars Américains en financement climatique sont
nécessaires pour la mise en œuvre des CDN des pays en développement et qu’il existe un écart important entre cette
exigence et le financement actuel ; sans ce financement, les PMA risquent d’être laissés à la traîne dans la transition
vers un avenir sobre en carbone, aggravant davantage les inégalités et la pauvreté déjà existantes ;
Insistons davantage qu’en tant que PMA, nous sommes confrontés au défi unique et sans précédent de sortir nos populations de la pauvreté et réaliser un développement durable sobre en carbone et résilient aux changements
climatiques ; et que cela nécessite une solidarité mondiale et un soutien de la communauté internationale pour la
réalisation de nos plans climatiques ambitieux et pour la protection de nos populations contre les effets néfastes des
changements climatiques ;
Exhortons tous les pays développés Parties et les partenaires internationaux à aider les PMA à mettre en œuvre leurs CND, politiques, mesures et stratégies nationales relatives aux changements climatiques, en tenant compte des besoins et circonstances particulières des PMA, et en honorant leurs engagements de fournir un soutien prévisible, accessible, adéquat et durable en ressources financières, en renforcement des capacités et en appui technologique ;
Invitons tous les pays développés Parties et les partenaires internationaux à soutenir les PMA dans la planification des processus d’adaptation y compris les Plans Nationaux d’Adaptation et la mise en œuvre de leurs actions respectives.
Notons avec une vive inquiétude que le Fonds pour les Pays les Moins Avancés (Fonds pour les PMA) manque cruellement de ressources et appelons à des contributions urgentes à ce Fonds ;
Notons en outre avec grande préoccupation que certains pays développés ne concrétisent pas leurs engagements
conformément à l’objectif convenu de mobiliser 100 milliards USD par an d’ici 2020, y compris dans le cadre du Fonds Vert pour le Climat (GCF), et les invitons à honorer leurs engagements ;
Exhortons le conseil d’administration du Fonds Vert pour le Climat à entamer le processus de réapprovisionnement à sa 21e réunion et à le finaliser de manière accélérée, dans le but d’éviter tout déficit de financement nécessaire pour soutenir les projets et programmes en cours et futurs ;
Insistons sur la nécessité de faciliter l’accès au financement climatique en rationalisant et en simplifiant davantage les processus de candidature, d’approbation et de décaissement du Fonds Vert pour le Climat (FVC) et de la Facilité pour l’Environnement Mondial ;
Exhortons tous les partenaires internationaux à fournir un appui aux PMA dans l’esprit du Programme d’Actions d’Istanbul pour les Pays les Moins Avancés dans le cadre de nos efforts dans le processus de retrait de la liste des Pays les Moins Avancés ;
Demandons en outre à toutes les Parties au Protocole de Kyoto de ratifier urgemment l’Amendement de Doha afin de permettre l’entrée en vigueur de la deuxième phase d’engagement du Protocole de Kyoto ;
Encourageons tous les pays à ratifier l’Amendement de Kigali au Protocole de Montréal ;
Apprécions favorablement les stratégies de réduction à long terme des émissions de gaz à effet de serre communiquées par certaines Parties ; invitions toutes les autres Parties à faire de même, en réaffirmant la disponibilité affichée des PMA à préparer des stratégies de développement à long terme sobres en carbone et résilientes au climat ; et insistons sur l’importance d’aligner ces efforts sur les profils d’évolution des émissions globales compatibles avec la limitation de la température en dessous de 1.5°C telle qu’exigée par l’Accord de Paris.
Reconnaissons l’importance cruciale d’élargir l’accès rapide aux technologies d’énergie renouvelable et d’efficacité énergétique pour améliorer le bien-être de tous les citoyens des PMA et contribuer à mettre en œuvre l’Accord de Paris, les Objectifs de Développement Durable, le Programme d’Actions d’Istanbul et progresser vers l’atteinte ultime de ces objectifs ;
Nous félicitons du cadre de mise en œuvre de l’Initiative des PMA sur l’énergie renouvelable et l’efficacité énergétique pour le développement durable (LDC REEEI), y compris ses arrangements institutionnels, et appelons à continuer ce travail pour opérationnaliser et mettre en œuvre cette initiative le plus tôt possible avec le soutien total de la communauté internationale ;
Nous félicitons de l’initiative des PMA pour l’Adaptation Effective et le Développement Résilient (LIFE-AR) et le Consortium des Universités des PMA sur les Changements Climatiques (LUCCC) tels que présentés par le Président du Groupe des PMA, dans le but de faire avancer ces initiatives à la CdP 24 en Pologne.
Exprimons notre gratitude à la République Fédérale Démocratique d’Éthiopie pour son leadership et sa grande
hospitalité dans l’organisation de cette importante réunion ministérielle des PMA.

Fait le 15 Octobre 2018 à Addis-Abeba, en République Fédérale Démocratique d’Éthiopie

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